PRESSE                      

 

Le suivre dans ses démarches (…) c’est, dans le vertigineux Salle d’embarquement, traverser des espaces désincarnés et interchangeables. Tout commence par un terminal, et rien que ça, sémantiquement parlant, ça en dit long. Allez, on décolle. Chez Jérôme Game, gestes et pensées s’enchaînent comme si on les faisait défiler avec le pouce, c’est la smart life (…) Le monde se pixélise, l’œil devient préhensile—le verbe, lui, tabule. Le récit minimaliste et précis de Jérôme Game est soigneusement rythmé par des listes, des énumérations, qui disent à la fois le global, l’exhaustif et le vain. (…) C’est parti, le récit bascule, on passe en mode ‘photographie narrative’, des carrés de texte saisissent l’instant, non plus écrans mais fenêtres, découpes plutôt qu’encarts, ‘le réel est là on dirait’. (…) Qu’est­ce qu’on voit exactement ? Juste un texte ? Non. Un texte juste.

 

Claro, Le Monde, 13 octobre 2017

 


 

Si les poètes de la génération de Jérôme Game entretiennent souvent un rapport critique aux images, allant jusqu’à les mettre à mort, l’auteur serait plutôt ici celui qui les ressuscite après avoir pris acte du  pictorial turn  du monde contemporain. (…) On trouve dans le texte une manière de scander, de couper et d’ajointer en prise directe avec le cinéma d’aujourd’hui (on pense, en lisant  Salle d’embarquement, à Hou Hsiao-Hsien, à Godard cité en exergue, à Demonlover d’Assayas, à Miguel Gomes entre autres) (…) De sorte qu’à la fin, la langue qui s’élabore au fil de  Salle d’embarquement nous délie d’avec les récits comme les images photographiques ont délié Benjamin C. des images du monde.

 

Mathias Kusnierz, En attendant Nadeau n°41, octobre 2017

 


 

[Cette exposition de photopoèmes], divisée en trois parties, nous propose trois instants de la prise de vue : le moment de captation, l’image elle-même, et l’amas de légendes prises dans la presse et orphelines de leurs photographies. C’est ainsi bien l’image qui dicte l’ensemble du projet, assumant d’en faire l’expérience par son absence. La frontière dont il s’agit ici est bien sûr celle séparant le lisible du visible, mais Jérôme Game ne l’envisage pas de façon négative, il revendique bien au contraire l’existence d’une séparation pour mieux pouvoir envisager un franchissement permettant au spectateur de requestionner sa position. Ce que les images nous font, ce que l’on fait du texte, mais surtout ce que l’image fait au texte, nous amenant à le lire à partir de leur punctum. Et, lorsque l’on fait se rencontrer les deux, la forme qui peut en naître. La société de l’écran ne touche pas que nos regards mais influe sur la structure de nos paroles.

 

Jean-Baptiste Carobolante, L’Art même n° 74, octobre 2017

 


 

Le corps des mots a beau réduire le bloc-texte, le texte même, lui, demeure paysages urbains, places, magasins, immeubles, terrains vagues, lisières et périphéries, puis détails de ce même environnement, toujours à cette échelle 1 que les mots projettent toujours. (…) Chaque bloc-texte est le fragment d’un roman. Des personnages reviennent dans quelques blocs. Rien ne se tisse vraiment avec ces indices romanesques. Parfois on sent la description d’un plan cinématographique, et là ce roman serait un scenario de film consignant chaque mouvement de caméra. (…) À bien écouter ça n’est pas la voix mondialisée des aéroports. La langue décadre l’image. Elle la ronge même. À un autre moment, j’ai eu l’impression que toutes ces choses vues, apparemment si lisses, avaient été déchirées pour être remontées. (…) Plus on entre dans Développements, plus on ressent combien ce personnage de roman n’est pas anonyme.

 

Frédéric Valabrègue, Cahiers Critiques de Poésie n°32, juin 2016

 


 

Parfois, l’habit fait peut-être un peu le moine. On y songe en se remémorant l’élégance assez stricte de l’écrivain Jérôme Game, silhouette quelque peu ovnique lorsqu’il déboule en performance à côté de la musicienne électronique Chloé, pour faire entendre Hongkong Reset. On s’attache à ce détail, car cela tient du décalage, de la posture latérale, de l’espace ménagé dans le régime des signes, qui semble tout au cœur de son projet artistique. Jérôme Game produit de la littérature sur d’autres terrains que celui de son champ disciplinaire: une littérature qui s’invente en déplacement dans le pourtour d’elle-même, et ne se pense pas autrement que dans ce mouvement.

 

Gérard Mayen, Mouvement.net, octobre 2015

 


 

Où l’on retrouve Jérôme Game dans un autre déplacement. (…) Dès l’entrée de Prétexte # 2, on découvre ses Développements, là encore sur le mode d’un trouble très subtil. Soit, accrochés à la façon sage et conventionnelle d’une série alignée de tableaux de taille identique, une suite de tirages de brefs textes fictionnels. S’agirait-il d’affiches, en quelque sorte ? Pas exactement. Ou bien de pages isolées, porteuses de textes imprimés ? Ca n’est pas ça non plus. Les Développements (…) inspirent un trouble par une réverbération qui émane du document exposé, et qui est le propre d’un cliché photographique – non d’une page imprimée.

 

Gérard Mayen, Mouvement.net, octobre 2015

 


 

Au gré de ce work in progress, dont il faut dire la puissance suggestive, Game prend acte du feuilleté des médiations qui conditionne aujourd’hui notre imaginaire et notre rapport au réel, ce dernier entendu dans toute sa diversité : qu’il s’agisse d’un récit fondateur, celui de Cervantès, ou de cette sur-modernité du monde globalisé que symbolise la mégapole chinoise. Toutes les formes de traversée du tableau, de confusion entre réel et fiction, de perturbation dans les niveaux de représentation, qui relevaient autrefois de l’artéfact et du tour de force, font partie aujourd’hui, nouvelles technologies aidant, de l’expérience quotidienne : du monde ou du net, lequel englobe l’autre ? Qu’est-ce qui est premier de l’empirique immédiat ou du médium pixelisé ? De la vue, de la prise de vue et du visionnage ? La hiérarchie des paliers sémiotiques est plus réversible que jamais. L’esthétique de Game est une phénoménologie d’aujourd’hui.

 

Pascal Mougin, La Quinzaine littéraire n°1112, septembre 2014

 


 

C’est à travers cet agencement multiple qu’est le monde (…) qu’existe l’espace lui-même hétérotopique, hétérogène et disséminé de DQ/HK (…) C’est vers cet espace disséminé, autre et par nature paradoxal, que tend le travail de Jérôme Game, autant dans ses performances que dans ses livres où, au plus près de la répétition et de sa durée, il s’agit non de dire le monde mais de le produire, de produire des possibles du monde, une multiplicité du monde, de la pensée, du langage. Ce qui serait l’énoncé même de ce que peut la littérature.

 

Jean-Philippe Cazier, Mediapart, 2014

 


 

…chez Game tout se passe dans les yeux. Il y a comme une pulsion scopique, une volonté de tout voir, d’en vouloir trop : il s’agit de se laisser aller, d’éprouver le réel, de se laisser traverser par la sensation. DQ/HK montre ainsi qu’après « les grandes irrégularités du langage » et la poésie abstraite, la poésie établit un nouveau dialogue avec le récit, le sujet et le réel. Mais ce rapport est avant tout conflictuel. Finie la pose inspirée et le sujet lyrique monologuant : Game n’est qu’un actant. Le récit, c’est la langue. Le réel, c’est le présent. Cette écriture naît de la conscience d’un présent irrémédiable et fuyant : il ne reste alors plus qu’à relancer la machine. « Reboot. Plug & Play. Reset & play » et ça recommence.

 

Jeff Barda, art press n° 410, avril 2014

 


 

Compositeur, en-dedans et en-dehors de la littérature, au rythme d’une « caméra textuelle » et d’un micro aux récits qui disjonctent, Jérôme Game pratique une langue aux prises insaisissables. Allez l’écouter, vous y verrez le montage d’un film qui avance depuis ses arrêts sur lecture. Allez le lire, vous y visiterez une installation qui résiste à toute définition et se désiste à toute prise. Jérôme Game cherche des dispositifs où l’écriture est chargée d’autre chose, de l’image Youtube à la photographie, à l’art contemporain. Écrivain radiophonique, vidéaste du verbe, chercheur sonore, qu’importe l’enseigne pourvu qu’il y ait le devenir.

 

Flora Moricet, Inferno, 2013

 


 

Cette fiction [La Fille du Far West] est une sorte de déclaration d’amour sans cesse retardée, ou au contraire continuellement réitérée. C’est selon. Fondé sur le principe du générique, mais d’un générique considérablement augmenté d’un tas de noms et de remerciements aussi surnuméraires que nécessaires, le texte de J. Game (…) est un hommage au film qui va commencer (au désir qui nous anime de le voir, donc au plaisir que l’on appréhende et que l’on fait durer); au film qui sera encore et toujours à découvrir; au film qui (res)suscite l’occasion de représentations de nous-mêmes et du monde.

 

Yoann Van Parys, Critique d’art, 2013

 


 

Jérôme Game est sans doute l’un des noms éminents d’une génération très récente d’auteurs français qui travaillent à des créations littéraires échappant aux formats et balises de prescriptions poétiques traditionnelles ou établies, en cherchant ouvertement — au nom de l’hétérogénéité, de la porosité et de l’hybridation — l’expansion d’une textualité verbale au moyen d’un dynamique et fertile dialogue inter-arts. (…) Il a admirablement plongé dans le lieu de l’art par excellence (…) — le musée —, pour appréhender avec plus de force le lieu esthétique possible de cet art dans la composition verbale. Du coup, son essai est le produit littéraire de cette immersion dans un espace avec (et fait de) art, comme un ‘laboratoire d’écriture’, et qui semble fonctionner en termes de combustible impulsant l’écriture de l’auteur. (…) en conjuguant théorie et pratique, si Sous influence est prétexte à la problématisation des possibilités très prometteuses de la création littéraire sous l’égide des arts plastiques, la vérité est que, pour résulter très concrètement de ces contaminations, il n’en est pas moins lui‑même un produit manifeste de telles possibilités.

 

Sergio Sousa, Fabula, 2012

 


 

La mécanique Game est ici plus souple, presque fluide, limpide. Ça va comme un travelling, ça glisse dans du cinéma, c’est huilé. C’est du film, du film de cinéma. C’est comment le regard suit un plan (…). C’est la recherche de comment cela fait en vrai d’être dans l’image. (…) On sait que ça joue beaucoup sur l’histoire de la voiture qui glisse dans le paysage l’histoire de Jérôme Game. Que c’est la matrice. L’avion aussi. Le skate, c’est pareil. (…) Mais après, ça recommence à se dérégler, ça coupe. (…) Ça dérape. Comme dans l’Amérique de Lynch, Amérique éternellement fifties qui perd son vernis, recrache sa part obscure. Plus qu’un prétexte – traverser les plans de films aimés – Flip Book est peut-être la version étendue de la langue de Game, où se déploient ses propres plans, les déplacements de son regard dans l’espace, le jeu des points de vue, le goût du mouvement mécanique, de l’industriel dans lequel le corps pose ses impuretés et la langue imprime ses pulsions.

 

Olivier Marboeuf, Croisements, 2010

 


 

Fuel Paper a choisi Jérôme Game comme apôtre de la performance soft, comme chantre de l’action poésie. Game est un orateur volubile qui précipite les mots hors de leur sens commun pour faire entendre une sorte de métalinguistique où les sons, phonèmes et autres syllabes chantent comme dans les fables de l’enfance.

 

Frédérique Buium, Fuel Paper, automne 2010

 


 

Le fluidifié-coulé-cut du personnage prosodique que Jérôme Game donne à entendre/lire s’impose immédiatement comme un état général de la langue, plus encore que comme la façon, serait-elle acrobatique, athlétique, réussie, qu’un auteur aurait de traiter de la langue, et d’en donner une brillante représentation. C’est peut-être cette invention de personnages prosodiques qui sans doute, suscite dans les livres de poésie ce qui dans les romans fait croire à leurs fictions et noue le pacte narratif, qui un temps suspend le jugement. Et c’est sans doute ce qui rend le travail de Jérôme Game intéressant, cette forme fluide d’un personnage prosodique dans diverses situations, et probablement, de plusieurs personnages émergeant du premier, en cours ou à venir : je veux parler des réalisateurs, chômeurs, lecteurs, téléspectateurs, travailleurs, usagers, interviewés, commentateurs, qui sont les voix non-nommées de ça tire, et qui font grouiller ce livre des micro-politiques et micro-glissements de leurs machinales préoccupations.

 

Guillaume Fayard, sitaudis.com, mars 2009

 


 

Introduire le passing-shot dans le phrasé, le retour qui lifte le mot, lui donne son effet imprévisible, différé, ralenti ou accéléré, c’est ce qui dirait le mieux les audio- et vidéotextes de Jérôme Game. (…) Il faut en noter le premier affect, qui pourra étonner, mais qui donne l’impression presque pelliculaire de ses sautes syllabiques, qui sont autant de collures cinématographiques ; c’est l’extrême élégance de cette image-mouvement de la parole. Qui a entendu, une fois, Jérôme Game lire à voix nue, le rectangle du texte formant un scope devant le visage, ne peut s’empêcher de ressentir cette sensation, à la fois hypnotique et déroutante, que l’on retrouve chez les cinéastes qu’il a décadrés dans son livre Flip-Book.

 

Yan Ciret, Mouvement n° 50, janv.-mars 2009

 


 

Jérôme Game est un des auteurs les plus intéressants sévissant actuellement dans le champ poétique contemporain. (…) Parce que ses textes sont immédiatement identifiables, on aurait pu attendre de Jérôme Game une déclinaison infinie de ses principes d’écriture, redouter que, à l’instar de certains poètes en activité, ses intuitions se meuvent en tics ou procédés. Il n’en est rien. Flip-Book le prouve. (…) ce très joli objet accompagné d’un cd de lecture (qui permet au lecteur-auditeur de saisir toute la dimension orale du travail de Game) s’inscrit dans une toute autre optique. Il s’agit ici de cinéma, de l’expérience du spectateur. Quinze films, de Cassavetes à Won Kar  Wai, en passant par Claire Denis et Abel Ferrara, sont visités de l’intérieur. Défilement des plans-séquences, langue fluide et structurée.

 

Chloé Delaume, Tina n° 2, janvier 2009

 


 

Il serait trop simple de croire que Game retranscrit ici son flux de conscience de spectateur ; l’objet de Flip-Book est autre, à la fois plus sobre et plus précis : il s’agit de savoir dans quelle mesure les mots peuvent rejouer certains gestes du cinématographe (par exemple, le gros plan), et opérer corrélativement un décadrage de la langue, où la disjonction des éléments de la phrase ne heurte guère l’émotion ou le souvenir que nous pouvons avoir des films présentés dans ces pages. Jérôme Game invente en ce sens une manière d’écrire sur le cinéma que nous ne soupçonnions pas ; en retour, son recueil engendre peut-être ce désir qui semble aujourd’hui appartenir à une autre époque : aller au cinéma, ce ‘quelque chose de trop inconnu jusqu’ici’, comme l’indiquait Bresson.

 

Dork Zabunyan, Art Press n° 347, juillet-août 2008.

 


 

Deux livres, deux cd, un dvd : c’est le kit-découverte Jérôme Game, théoricien et artiste dont la poésie sonore s’honore. Une voix douce, des mots souvent apocopés (…) et plein d’idées sur la littérature (…). Le plus fort est qu’il arrive à les dire, naturellement, avec toutes les lettres en moins, créant une langue et un monde proches des nôtres, mais pourtant parallèles, à l’infini.

 

Eric Loret, Libération, 22 mai 2008

 


 

Flip-Book est le livre du spectateur dans le film, voyant qu’il voit le film et débordé par lui. L’hypnose propre à l’expérience de cinéma trouve en Jérôme Game 2 la fluidité coupée de mots/plans la mieux à même de la restituer. L’expérimentation ‘frontale’ semble abandonnée, la syntaxe est ‘correcte’ : tout se joue dans l’absence d’une virgule, la place d’un point, incongru, qui écourte la phrase. (…) Ce travail en sourdine, permanent, la voix de Jérôme Game lui confère sa pleine dimension. Il y a encore beaucoup de choses à faire avec cette voix-là, instrument de précision sensible et mallarméen – coup de dés/coup de glotte.

 

Nathalie Quintane, sitaudis.com, février 2008

 


 

Deux vidéopoèmes qui jouent avec les codes visuels me semblent, à cet égard, particulièrement réussis. Il s’agit de ceci n’est pas une légende ipe pe ce où l’image, partant apparemment d’un fragment, utilise la dynamique propre à la vidéo et les possibilités d’image dans l’image pour introduire une image fragmentée, bégayante comme le texte lui-même tout en ignorant ce que le texte dit ; l’autre est fluid e lease roose p où, jouant sur les mélanges franco-anglais, une vidéo très abstraite utilise constamment le texte comme image même mettant le lecteur-spectateur dans la situation bien connue de sous-titrage mais utilisant les possibilités standard du sous-titrage pour les faire éclater vers autre chose amenant sans cesse l’esprit à basculer de l’audition à la lecture à la vision, renforçant ainsi là encore ce qui fait l’écriture poétique propre à Jérôme Game.

 

Jean-Pierre Balpe, Libé Blog, février 2008

 


 

Des vidéopoèmes à découvrir comme autant d’objets à dimensions variables qui font éclater les frontières traditionnelles entre les genres, associant la lecture de textes poétiques à des images vidéo. (…) On attrape des bribes de phrases, puis les choses se floutent. (…) A l’image, souvent floue, décadrée, quadrillée, beaucoup de plans séquences ou de plans fixes, sur un avion, des gouttes de pluie, ou, plus banal encore, une façade d’immeuble. Un reflet court sur un rail, puis la pellicule se découpe. Le montage se veut radical, les plans verticaux se démultiplient tandis que les mots se bousculent, s’essoufflent, s’entrecoupent. (…) La richesse de la poésie contemporaine, c’est cette faculté à assimiler d’autres langages, pour créer une forme de pensée en mouvement. En allant du côté du cinéma, mais aussi du pictural. Car la poésie, ‘c’est visuel, c’est plastique’, explique le poète.

 

Marion Daniel, poptronics.fr, décembre 2007

 


 

Ce qui en somme est ici en question, en tension, c’est l’impossibilité de la phrase. Qu’est-ce qui la rend intenable dans sa simplicité ? Après tout une phrase suppose peu. Entre toi et moi, le monde, quelques mots suffisent pour faire sens. Mais très certainement est-ce cette suffisance qui questionne par ce qu’elle clôt plus qu’elle ne permet. Crever cette suffisance est le bégaiement. Mettre le monde en éclats de langage par cette micrologie fascinée jusqu’au détail de la langue. Travailler au corps cette matérialité à l’échelle de la lettre. Déconstruire, décomposer la phrase dans ses procédés, ses affirmations pour produire un autre plan où un nouveau corps se crée, celui de la multiplicité leibnizienne. (…) ‘Un style, c’est arriver à bégayer dans sa propre langue’. Si mon oreille fut touchée, ce fut par l’intrigue qui s’entrecroisait entre cette phrase de Deleuze et le flux de la voix de Jérôme Game. Une sorte de musicalité trébuchante ponctuée de suffocation et d’une course au mot à perdre souffle. Un rythme qui me semblait rendre la phrase sans début ni fin. Une phrase, non linéaire, se multipliant, se soustrayant à elle-même, perdant son unité et continuité souveraine, syntaxique, pour se déployer, acentrée, en des multiplicités de sens. Une phrase poussant par son milieu à la manière végétale du rhizome.

 

Stéphane Pihet, De quoi parlons-nous n°3, septembre 2005

 


 

Déroutant mots et images, résistant aux automatismes du langage, la vidéaste et le poète tirent ces lignes de fuite dans la ville et s’étirent hors d’elle, au-dessus, au-dessous : dans les réseaux des transports par le visuel, dans les connexions mentales ou virtuelles par la parole. Ce n’est en l’occurrence ni le début ni la fin du récit qui importent, mais sa voie de passage, difficile, inédite, qui s’ouvre à mesure qu’on la force, mais qui peut se frayer vite aussi, dans l’inconnu, en glissade, dérapage, freins desserrés. (…) Alors, un instant, les séquences successives de la vidéaste viennent se recouvrir : métros, aéroports, avions en vol, défilement de l’autoroute, les strates visuelles entrecroisent les cuts-up du texte et les montées de la voix, les réseaux de signes se connectent et se déploient pour dessiner une géographie, celle de corps et de pensées en mouvement.

 

Annie Zimmermann, Urbanisme n°341, mars 2005

 


 

Jérôme Game pense le poème comme une force d’éclatement des discours et des figures (d’où le tournis prismatique du polyèdre). (…) En somme, ça trace quelque chose comme le vide du désir informe dans la placidité des formes. Ça cabre la tension d’un corps rétif à toute nomination dans l’ordre convenu des noms qui forment pour nous le monde. (…) Écrire, ainsi, dégage l’espace, le rend, comme disait Bataille, ‘voyou’. (…) Ceux que sollicite le mouvement de l’invention dans la poésie française d’aujourd’hui ont à mon sens tout intérêt à suivre l’évolution du travail de Jérôme Game sur la singularité duquel on ne saurait dès à présent trop insister.

 

Christian Prigent, Cahiers Critiques de Poésie n°3, 2001

 


 

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