Audible inaudible — D’un devenir-​sonore de la poésie

Atelier de Création Radiophonique de France Culture

À l’invitation de Frank Smith et Philippe Langlois

Production, entretiens, montage : Jérôme Game

Réalisation : Thomas Dutter

Avril 2003 [rediffusion janvier 2016]

Audible inaudible – D’un devenir-sonore de la poésie — ACR France Culture — Jérôme GamePoésie sonore est l’une de ces appellations ambiguës, controversée, sous laquelle on désigne généralement ‘un ensemble de pratiques hétérogènes et diversement novatrices, apparues dès les années 50, mettant en jeu la voix et recourant à un outillage électroacoustique qui peut aller du simple microphone, lors de prestations publiques, à l’utilisation créatrice du magnétophone et /​ou de la bande magnétique, voire de l’ordinateur’ (Jean-​Pierre Bobillot). C’est sur ce champ, vaste et non-​homogène, que cet ACR se propose d’apporter un éclairage relatif, partiel, forcément subjectif, par l’audition d’extraits de pièces historiques (Apollinaire, Artaud, Heidsieck, etc.), et d’autres spécialement commandées à de jeunes praticiens contemporains, à qui l’émission donne la parole : Caroline Dubois, Anne-​James Chaton, Joachim Montessuis, Gilles Cabut, Thomas Braichet, Charles Pennequin.

Jean-​Pierre Bobillot, historien éminent de ce champ, déroule un fil rouge remontant à 1913 suggérant comment la poésie sonore n’a pu advenir qu’au sein de la critique du langage poétique opérée par la grande rupture moderne de Rimbaud à Mallarmé. À travers ce parcours, c’est un triple rapport qui est interrogé :

  1. celui de la parole et du langage à la communication, à sa violence comme à son inertie ;
  2. celui du corps proférant à la signification textuelle ;
  3. celui du médium à l’oeuvre, de la page imprimée à la bande magnétique ou au CD.

En proposant un déplacement de l’acte poétique hors des hiérarchies classiques, en montrant des langues en train de se faire, de s’offrir en amont comme en aval d’elles-​mêmes, s’altérant par des machines, se creusant ou au contraire s’extériorisant corporellement afin de mieux donner la pleine mesure de ce dont elles sont capables, l’émission rend audible l’inaudible, le met sur le devant de la voix.